Aux élections du 10 Avril 2008, les Népalais accordent deux tiers des sièges à l’assemblé au PCU-M maoïste, dans un «enthousiasme écrasant », selon les
délégués d e l’ONU. Ces élections constituent une étape importante dans l’abolition de la Monarchie, tant désirée par les maoïstes et l’intelligencia népalaise.
Comme l’a annoncé Baburan Bhettari, numéro deux du parti maoïste: « Lors de la réunion inaugurale, nous proclamerons
la république. Ensuite, nous signifierons au roi qu’il doit quitter le palais. En qualité de simple citoyen, il devra se conformer à la loi. ».Ces élections sont une étape logique dans un
engrenage fatal où le Népal s’est propulsé depuis vingt ans, conduisant ainsi à la destitution du souverain en place Gyamendra et à l’abolition de la monarchie au Népal.
Un engrenage fatal
Tout a commencé en 1989, lorsque le roi Birendra tente de moderniser le pays et d ‘améliorer le niveau de vie de
la population demeurant une des plus pauvres du monde (142ème dans le classement de l’IDH en 2007). L’Inde,
craignant pour son commerce, impose un blocus au Népal, pour le soumettre à vendre une partie de l’énergie produite sur la rivière Mahalari. Ce coup de force provoque une remise en cause du
régime, la dernière monarchie absolue de droit divin existante. Des émeutes populaires éclatent dans tout le pays, revendiquant la démocratisation du régime et conduisant donc à l’établissement
d’une constitution dotée d’un multipartisme en 1990.
Suite à cela, les violences politiques s’intensifient au sein du gouvernement, les gouvernements se succèdent de plus
en plus jusqu’au moment où les maoïstes déclenchent « la guerre du peuple » le 13 Février 1996, une guerre civile qui a durée près de dix ans. Pendant toute cette guérilla, les maoïstes
remportent des victoires sur la police, puis sur l’armée, acquérant des armes de plus en plus sophistiqués, probablement venus de Chine, établissent des « gouvernement du peuple » dans
chaque ville prise et parviennent à conquérir plus de la moitié du pays. Cette guérilla causant près de 13000 morts, ne finit que le 13 Avril 2006, date de la remise des pouvoirs du roi au
premier ministre et de l’abolition du statu divin du souverain (D’après le culte hindouiste pratiqué au Népal, le roi du Népal descendait du Dieu de la paix Vishnu.).Entre temps, le roi Birendra
est massacré avec sa famille par son fils, le prince héritier Darin, en raison du refus d’un mariage avec une femme laïque d’origine indienne. Ce dernier se suicide ensuite d’une balle de
révolver. Ce massacre a profondément aggravé la situation politique du Népal et a abouti à la remise en cause de la Monarchie.
A la fin de la guerre, alors que la situation s’aggrave de plus en plus, le nouveau souverain Gyanendra, frère du feu
roi Birendra, s’attribue les pleins pouvoirs le 1er Février 2005 et fait suspendre les libertés de réunion
et d’expression alors les Népalais aspirent à l’émancipation. Son action provoque l’hostilité de l’intelligencia népalaise et inspire un sentiment d’impopularité au sein de la population. Les
politiciens sont allés jusqu’à provoquer des émeutes à travers le pays pour pousser le Roi à remettre les pleins pouvoirs.
Pourtant, bien que ses actions paraissent tyranniques aux yeux des Occidentaux démocrates, elles peuvent être reconnues
comme légitimes, notamment par la situation catastrophique du pays. Nous devons d’abord nous rappeler que l’article 16 de la constitution de la Vème République accorde les Pleins Pouvoirs au
président de la République, en cas de crise grave, comme ce fut le cas en 1968: « Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de
la Nation,…sont menacés d’une manière grave…le Président de la République prend les mesures exigées dans ces circonstances. ».Le roi s’est sans
doute attribué les pleins pouvoirs dans le but de trouver une issue à la crise, sans passer par les discordes du gouvernement. Seulement, les politiciens ne l’ont pas observé de ce point de vue.
Ils ont mis en avant les ambitions personnelles au détriment de la population pourtant majoritairement favorables à la monarchie. En ce qui concerne la suppression des cercles de réflexion, nous
devons nous rappeler les quatre ordonnances de Charles X qui craignait pour l’ordre intérieur du pays, en 1830. Nous pouvons aussi nous rappeler d’une manière plus ironique, l’article VI de la
proclamation des Droits de l’Homme et du Citoyen:« Quiconque a le droit d’exprimer ces opinions, sauf si celles-ci troublent à l’ordre
publique ».Même les républicains doivent donc légitimer son action car ces cercles aggravaient s la situation intérieure du pays.
Tout compte fait, le 13 avril 2006, le roi doit remettre ses pouvoirs. Le parlement en profite pour décider
l’instauration d’une République démocratique laïque fédérale. Pourtant, selon la constitution en place depuis 1990, les parlementaires avaient recoure au conseil d’Etat pour décider du
remplacement du souverain en place par le prince héritier. Le non - recoure à ce moyen prouve donc la volonté de ces derniers dans l’abolition de la Monarchie. Les Maoïstes, quant à eux, mettent
fin à la guérilla, jouent le jeu démocratique et vont tenter de prendre le pouvoir par la force.
Un vote truqué
Vus les circonstances dans les quelles se sont déroulées les élections du 10 Avril 2008, nous pouvons douter de la
véritable nature de ce vote. Malgré la présence de délégués de l’ONU et de la Banque Mondiale à Katmandou, beaucoup d’indices soulignent une influence sur la volonté de 17,5 millions
d’électeurs.
Déjà, le déploiement de près de 137 000 policiers autour des scrutins et le recoure éventuel à l’armée montrent le
climat de tension dans lequel le vote s’est déroulé. Le gouvernement indien est allé jusqu’à déployer des bataillons sur la frontière indo-népalaise en cas d’insurrection. Le scrutin ne s’est
donc pas déroulé dans le calme comme dans les démocraties normales.
De plus, les Maoïstes en influençant le vote et font donc douter non seulement du résultat du scrutin, mais encore du
taux de participation, laissant croire un « enthousiasme écrasant » des Népalais. Tout d‘abord, nous devons nous rappeler que les Maoïstes contrôlent par les armes plus de la moitié du
pays, qu’ils ont implanté des gouvernements du peuple dirigé d’une main de fer. Ils surveillaient donc eux - même les scrutins dans de nombreuses communes du pays et ont donc truqué les résultats
du vote. D’après le Nepalinews, quotidien népalais, les dirigeants maoïstes du Panchtar, région du nord du Népal, les maoïstes sont allé jusqu’à menacé les villageois, pourtant majoritairement
favorable au Nepali Congress, adversaire du PCU-M à l‘assemblé, de déshydratation en cas d’abstention ou de scrutin défavorable à leur parti. Cette incident remet donc en cause non seulement le
taux de participation de 60% au vote, mais encore l’ « enthousiasme écrasant » laissé entendre par les délégués de l’ONU en présence.
Le PCU-M est allé jusqu’à menacer l’intelligencia népalaise d’une nouvelle guerre du peuple en cas de scrutin
défavorable. En effet, le secrétaire du PCU-M Pushapa Kamel Dahal, dit « Pashada » ,le « Terrible » en népalais, a proféré des menaces d’une nouvelle « guerre du
peuple » au cas où les royalistes ,désireux d’un référendum sur la monarchie, « préparent un coup d’état » et où le roi « prépare un mauvais coup « contre la
volonté du peuple ».Pourtant, si un sondage publié dans le Nepali Times indique une baisse d’opinion favorable en faveur de la monarchie de 81% en 2004 à 49% en 2007, Kunda Dixi, rédacteur
du Nepali, indique: « Plus que contre la monarchie, c’est contre Gyanendra qu’existe un consensus. ». Les Népalais ne sont donc pas entièrement favorable à l’abolition de la
Monarchie et sont donc plus désireux du remplacement du souverain en place par son fils.
Malheureusement, les maoïstes voient les choses d’un autre œil. Ils n’agissent pas au service du peuple népalais mais
au service de leur idéologie, par tous les moyens…notamment illégaux. Tous ces éléments démontrent leur coup de force. L’instauration d’une république fédérale n’est qu’une étape dans
l’instauration d’un régime totalitaire maoïste, car il existe tellement d’antagonisme au sein du pays que l’instauration d’une république fédérale risquerait de diviser et donc de faire exploser
le pays.
De la monarchie … à l’anarchie
Au Népal, il existe tellement de différents au sein de la population qu’on ne peut envisager l’instauration d’un état
fédéral. Près de 51 ethnies composent la population népalaise. Sur ces 51, 30% sont des peuples indigènes des montagnes de l’Hymalaya, soumis par les rois du Népal aux XVIIIème et XIXème siècle.
Les Népalais sont aussi divisés sur la langue. En effet, la langue officielle, le nepali, n’est employé que par 51% de la population, tandis qu’une dizaine d’autres langues et dialectes sont
employées par les diverses peuplades des montagnes de l’Hymalaya. La communauté tibétaine, elle, se contente de parler tibétain. Ces diversités compliquent les communications entre les diverses
communautés du pays. Les Népalais sont aussi divisés sur la mesure du temps. Près de quatre calendriers sont utilisés: l’officiel, le Bishram Sambat qui suit la ligné royale; le calendrier
grégorien; et les calendriers Newar et tibétain, employé par la communauté tibétaine fuyant l’occupation chinoise et refusant de s‘adapter à la culture locale. Ajoutons que la pauvreté des
infrastructures du pays isole les diverses populations des montagnes et complique la diversification d’une culture unique. Les Népalais sont nettement plus divisés que les Belges.
Aujourd’hui, ces différentes communautés et ethnies profitent de l’établissement d’un Etat laïque; fédéral et
démocratique pour affirmer leur identité, divisant le pays et compromettant l’avenir du pays dans le découpage des Etats fédérés. En effet, chacune des tributs indigènes des montagnes souhaitent
que chaque état fédéré représente ce qu’ils estiment être leurs terres ancestrales.
La future fédération népalaise risque donc de subir le même sort que le St-Empire-Romain-Germanique des XVIème-XVIIIème
siècle morcelé en plus de quatre cents micro-états de la taille du Lischtenchtein. Les grandes réformes de l’état seront compliquées par ce morcellement. De plus les habitants de la plaine
Vishmur, région du sud du pays, souhaitent, quant à eux, former un état fédéré à eux seuls. Cette revendication va provoquer un déséquilibre dans la balance du gouvernement, car, en étant plus
nombreux, ils seront les plus représentés à l’assemblée au détriment des tributs indigènes et des autres communautés du pays, trop peu nombreux et trop divisés pour créer un contre poids face aux
habitants de la plaine .Les « indigènes » seront donc amener à faire sécession, voire à se révolter, ce qui signifie l‘éclatement du Népal.
D’où les propos Sumshar Ram, ancien ministre des communications: « La monarchie est la seule institution qui
unisse le pays. Sans le roi, on risque la « libanisation ». ». Sachant que les peuples des montagnes discréditent cruellement les habitants de la plaine, considérés comme des
« citoyens de seconde zone ».Tous ces antagonismes et différents vont donc sérieusement paralyser la vie politique future et de créer d’accroître les discordes entre les différentes
communautés du pays. Le Népal risque donc d’éclater.
Vers un nouveau Pol-Pote
Si l’établissement amène à cette « libanisation » du pays déjà divisé par les violences politiques, les
népalais seront amenés à instaurer un pouvoir central fort, autre que la monarchie, et réunissant tout le pays. La logique des évènements voudrait que les maoïstes, profitant de la tournure des
évènements, utilisent les royalistes et l’intelligencia népalaise, « causes principales de l’éclatement du pays », comme bouc émissaire. Ils renverseront une éphémère république
fédérale dans le but d’instaurer une dictature totalitaire aux mains du PCU-M et semblable aux khmers rouges de Pol-Pote.
Le chef actuel du PCU-M « Prachanda », le terrible en népali, deviendrait ce Pol-Pote népalais. Il s’est
d’ailleurs posé en « maître d’œuvre d’une révolution économique de type capitaliste », rappelant les promesses de Pol-Pote aux Cambodgiens, trente ans plus tôt. Cette fatalité nous
amène à citer les propos du sociologue Sudhindra Sharma auprès des journalistes de Point de Vue: « Une fois la Monarchie abolie, les Népalais pourraient se rendre compte qu’ils ont fait
une grave erreur, et qu’on ne peut pas revenir en arrière. ».Dans ce cas, las Népalais ne pourront compter ni sur une intervention des Indiens qui décideront des Népalais à leur profit. Les
Chinois, eux, soutiendront logiquement le PCU-M dans leurs actions. Et quant aux Occidentaux, ils n’interviendront pas au Népal comme ils ne l’ont jamais fait au Tibet ou en Corée du Nord, au
risque d‘une guerre mondiale.
Si la monarchie est abolie, le Népal sombrera dans le chaos et deviendra donc une des principales zones à haut risque
du XXIème siècle.
Robert Lascombe
www.allianceroyale.fr